Le Bounce
Ce style est à l'origine du Crunk et du Dirty South. Sexy, digital et funky, c'est le bounce, littéralement "rebondir". Aujourd'hui, comme l'avaient fait avant lui le jazz ou le rythm'n Blues, il secoue le berceau des musiques noires américaines, au bord du Mississipi: la Nouvelle-Orléans. Répetitif jusqu'à la transe, entièrement tourné vers le fun auquel il voue un vrai culte, le bounce est paillard et jouissif.
The Beat Doctor featuring Mr. Majic, B.G. and 5th Ward Weebie (real audio - 4mn40)
La Nouvelle-Orléans doit sa prospérité au commerce des esclaves, dont elle fut la capitale durant 150 ans. Fondée par les français, elle compte dès son origine deux fois plus de descendants d'africains que de colons. Exception en Amérique, les rassemblements d'esclaves y sont autorisés chaque dimanche en dehors des plantations. C'est la naissance de Congo Square, le marché africain où l'on perpétue par la musique les traditions interdites par les maîtres. C'est à Congo Square rebaptisé Parc Amstrong, qu'est né l'esprit funk. D'origine guinéenne, ce mot signifie "sueur". Celle du travail des esclaves, de la transe ou du sexe. Au XIXe siècle, cet esprit funk va se développer dans les fanfares funéraires. Derrière les corbillards, les marching bands jouent de la second line music pour le cortège des danseurs. Au lieu de pleurer, on fait la fête. C'est le premier commandement de toutes les musiques noires de la Nouvelle-Orléans.
Fondée par Phil Frazier il y a 20 ans, la fanfare de Rebirth a modernisé la musique des marching bands en y intégrant des éléments venus du jazz, du funk et aujourd'hui du bounce. Le bounce se développe dans les quartiers pauvres de la Nouvelle-Orléans. On y retrouve les clichés du temps de l'esclavage. Dans les Hoods et les projects, 70% de la population noire vit en dessous du seuil de pauvreté. Ici, pas un blanc à l'horizon, la ségrégation reste la règle. En 94, on a décrété un couvre-feu tous les jours à 19 heures pour les moins de 17 ans. Aujourd'hui, la ville est l'une des trois plus violentes d'Amérique après Los Angeles et Miami.
Au centre des projects, Peaches est la vitrine du Bounce. On vient du Japon pour y trouver les maxis tirés à 500 exemplaires, côtés jusqu'à 100 dollars. Des stars internationales ont commencé dans son arrière-boutique, comme Juvenile et ses 5 millions de disques, le multimillionaire en dollars Master P ou Mystical, aujourd'hui en prison. Mais Peaches, c'est d'abord un dépôt-vente pour tous les producteurs indépendants du bounce, ceux qui n'ont ni distributeur ni budget marketing, avec leurs Cds produits à domicile.
Le bounce, c'est la bande son de la Nouvelle-Orléans, la ville de tous les vices. A partir de 1897, le quartier de Storyville où la prostitution était légale, fut le plus grand bordel à ciel ouvert d'Amérique. C'est dans ces maisons closes que naquit le jazz il y a plus de cent ans. A la fin de la première guerre mondiale, ce quartier a été entièrement rasé, et les prostituées se sont installées dans le centre-ville. Dans la rue la plus célèbre du quartier français, Bourbon Street, les touristes venus du Monde entier font leur shopping sexuel.
Aujourd'hui, les taxis refusent de s'aventurer sur l'ancien site de Storyville. C'est pourtant là que s'est installé le Kickback, l'un des clubs où le bounce se consomme tous les soirs en live.
Comme à Congo Square il y a trois siècles, on oublie la réalité à l'entrée et on s'invente sa liberté. DJ Jubilee, qui se produit chaque soir de la semaine dans les clubs au c½ur des projects, essaie ses nouveaux tubes en direct face à son public. Comme c'est la règle dans le bounce, les femmes seront les plus nombreuses à acheter ces disques.
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